Accueil   Contactez-nous   Plan du site

Blog



Le Blog de Pedagogic Agency est un carnet de bord, dans lequel chaque intervenant peut s'exprimer...




CONSTRUCTION DES NORMES DE FORMATION PROFESSIONNELLE


Pedagogic Agency, via l'ICPF & PSI, s'investit dans les normes de la formation professionnelle en devenant membre du comité technique pour la détermination des normes internationales de la formation professionnelle (TC 232).

En effet, François GALINOU Directeur Associé de Pedagogic Agency, a été nommé pour représenter la France lors des conférences internationales sur la formation professionnelle et pour participer aux réunions du comité technique ISO/TC 232.

Première étape en Australie...



Du 17 au 21 novembre 2008, François GALINOU se rend à Sydney pour le forum international ILDP sur les organismes de formation et après assiste à la réunion du comité technique ISO TC 232.
Lors de cette réunion, les principes de la norme sont définis.
Chaque pays membre du comité quitte la réunion avec pour mission de faire des propositions d'amélioration qui seront discutées lors de la prochaine réunion.



Après l'Australie, le Japon


le JAMOTE (l’Association Japonaise pour le Management de la Formation et de l’Éducation) profite de la réunion du comité ISO TC 232 à Tokyo en mars 2009 pour organiser un symposium sur "l’Internationalisation du Développement des Ressources Humaines et des Services de Formation", qui a pour objectif de faire comprendre les enjeux de la normalisation sur le marché de l’éducation et de la formation.

Suite au symposium, les membres du comité ISO TC232 ont fait évoluer le projet pour la norme ISO 29 990 et se donnent rendez vous à Londres pour la valider...

TéléchargerTéléchargez le compte rendu du Symposium
Taille : 342 ko
 

Fin du périple pour la norme en Angleterre


La norme pour les Prestataires de services de formation professionnelle passe au stade de projet final !

Cette réunion était la dernière du Groupe de Travail et avait pour objectif d’obtenir un projet final pour la norme ISO 29 990. Elle s’est tenu à Londres les 14 et 15 janvier 2010 au siège du British Standard Institute, l’homologue britannique de l’AFNOR.
Il se confirme que le soutien des membres nationaux de l'ISO et des organisations en liaison qui participent au projet est suffisant pour autoriser le passage au stade de projet final de Norme internationale, dernière étape dans le processus d’élaboration d'une norme ISO avant sa publication en tant que véritable Norme internationale ISO.



J'AI FAIT HEC ET JE M'EN EXCUSE...



Conférence à l'IPAG du 18 mars 2010


Florence Noiville est diplômée d’HEC (1984), de Sciences-Po et titulaire d’une maîtrise de Droit des affaires. Elle est aujourd’hui journaliste, critique littéraire au Monde et anime l’émission « Le Monde des livres » sur LCI. Elle est aussi l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont une biographie du prix Nobel Isaac Bashevis Singer (prix du récit biographique) et un roman  « La Donation ».
 
Guillaume Bigot, directeur de l’IPAG introduit Florence Noiville. Elle est l’auteur du livre  « J’ai fait HEC et je m’en excuse », qui a défrayé la chronique dans le monde des écoles de Management. Elle a souhaité lancé le débat sur les écoles de management, le contenu des enseignements et leur responsabilité face à la crise.
 
Florence Noiville décrit son parcours : HEC, Sciences Po, se marie avec un énarque et rentre dans le monde de la finance. Puis au bout de quatre ans, se pose la question de ce qu’elle souhaite réellement faire. Et elle fait un virage à 180 degrés pour devenir journaliste et critique littéraire. Elle cite Robert Schuman, un des fondateurs de l’Europe : « Je commencerai par la culture… », à  propos de la construction européenne. Elle a finit par la culture !
 
La crise fut le déclencheur pour écrire son livre « J’ai fait HEC et je m’en excuse ».  Il est venu à la suite d’un paradoxe. Au milieu de la crise, en 2009, elle a été appelée par une ancienne HEC pour fêter les 25 ans de la promo. Et là, elle s’est posé la question que va-t-on fêter ? La situation économique est catastrophique, alors que ses amies de promo chez Goldman parlent de résultats excellents.
 
Pendant ces études, on lui a sans cesse répété qu’ils étaient les leaders de demain, mais elle trouvait que dans la finance elle ne valorisait pas son intelligence. Du moins que le potentiel de l’intelligence  n’était pas au service des bonnes choses. Elle cite, comme exemple, un HEC de sa promo, qui souhaitant remporter un budget de pub important d’un grand groupe de l’industrie alimentaire, allait mettre en avant les vertus alimentaires de ce nouveau produit tout en sachant qu’il était plus gras et sucré que les autres.


En faisant des recherches, elle s’est aperçue qu’il y avait trois groupes :
  1. Les personnes pour lesquelles ils n’y avaient pas de problèmes. Ils aimaient ce qu’ils faisaient.
  2. Les Déviants : les personnes qui avaient pris une autre voie que ce pourquoi ils avaient été formés (tout comme elle)… Ainsi dans sa promo d’HEC, on retrouve des psychologues, des journalistes, des médecins, …
  3. Un Magma de personnes pas entièrement satisfaites avec « un pied de côté » ; pour lequel leur travail est surtout une activité alimentaire. Elle a rencontré un banquier d’affaire qui faisait de la traduction littéraire d’arabe. Des personnes qui cherchent à donner un sens à leur vie, à côté de leur travail.

Elle s’est donc posé la question : Est-ce que la crise a eu un impact sur l’enseignement dans les Business Schools, notamment en finance et marketing ?
 
Certes beaucoup choses ont changé, avec l’apparition de nouveaux cursus, de nouvelles options… Mais beaucoup aujourd’hui ont déjà fermé et les rémunérations proposées en fin de cycle étaient 20 à 30 % inférieurs que les cycles « traditionnels » et surtout la plupart des diplômés revenaient dans le « main stream ».
Dans le ranking des Business Schools du Financials Times, 40% de la note provient du salaire moyen au bout de trois ans d’activité. Les écoles de management ne sont donc pas incitées à ouvrir des cursus alternatifs et encourager le changement !

Florence Noiville a quand même recensé des pistes intéressantes de Social Business, avec notamment :
  • Une Société de micro-crédit ou aucun dividende n’est versé, chaque dollar est réinvestit.

  • Danone Communities. Franck Riboud, le PDG de Danone  a bataillé ferme avec son conseil d’administration pour créer en 2007 Danone Communities. Il s’agit de créer une usine de yaourts au Bangladesh avec pour mission de contribuer au développement local et lutter contre la malnutrition avec l’ajout de complément alimentaire.

Danone Communities, malgré la force de frappe de Danone, beaucoup de communication, l’appui de la Grameen Bank(1) et du Prix Nobel Muhammad Yunus n’arrive pas avoir une activité rentable. Plus de 300 k€ de perte par an pour le moment.
 
Florence Noiville trouve qu’il y a quand même une note d’espoir face à l’appât du gain, car chaque année des personnes s’engagent dans les ONG ou dans le caritatif.
Comme le dit l’inventeur du micro-crédit, Muhammad  Yunus,  le Social Business reste avant tout du Business, on peut utiliser les mêmes outils mais de façon différente.
 
Florence Noiville a publié son livre avec un titre provocateur, pour attirer l’attention sur le lien entre la formation des élites et la crise. Elle ne pensait pas qu’il allait susciter autant de débats. Mais elle regrette que la crise ne remette pas davantage en cause la façon d’enseigner dans les Business Schools. Elle n’a néanmoins pas de réponse à apporter… "Mais ce n’est pas parce qu’on n’a pas la réponse, qu’il ne faut pas poser la question".
 
 

(1):  Grameen Bank - "grameen" signifie village - est une banque spécialisée dans le micro-crédit. Elle a été créée officiellement en 1983 par Muhammad Yunus au Bangladesh (ce qui lui a permis d’obtenir le prix Nobel d’économie en 2006).

Stéphane ALFROID
Directeur Associé



L'INVESTISSEMENT INTERNATIONAL : QUELLE PRISE DE RISQUE POUR LES ENTREPRISES AUJOURD'HUI ?



Conférence à Sciences Po Paris le 11 février 2010


Richard Descoings, Directeur de Sciences Po, nous accueille et introduit le thème de la conférence en indiquant qu’en ces temps de crise, la question des investissements internationaux se pose. Faut-il investir ? Quels sont les risques ?
 
Catherine Bozon, journaliste à Investir Hebdo, présente les différents intervenants de la conférence. Nous assisterons donc aux interventions de Didier Lombard, Président de France Telecom-Orange, de François Heilbronn, Directeur général de Friedrich, Heilbronn & Fischer, cabinet de conseil en stratégie, de Jean-Louis Terrier, Président de Credit Risk International et de Christian Rivet de Sabatier, Directeur des financements et risques export de Renault.
 
 
Didier LOMBARD est invité à répondre à la question : Quelles sont les questions que le président d’une entreprise internationale se pose lors de l’analyse d’un nouvel investissement à l’étranger ?
Il indique que France Telecom réalise aujourd’hui plus de 50% de son chiffre d’affaire à l’extérieur de la France. Il est donc capital pour France Telecom d’investir à l’international. Surtout que la croissance est difficile dans les pays développés, tout juste 1 à 2 %… Il faut faire toujours plus, pour moins cher ! Le régulateur demande plus de débit, de couverture, de service tout en diminuant les prix. Il y a des arbitrages à réaliser. France Telecom n’intervient pas dans les marchés qui sont dominés par d’autres opérateurs, tel que l’Amérique du Sud  avec les espagnols de Telefonica, les États-Unis avec Deutsche Telekom. En revanche, France Telecom est présent en Europe Centrale, en Afrique et au Moyen Orient.
Avant de partir sur un nouveau marché, Didier Lombard indique qu’il regarde quelles sont les lois en place, la concurrence installée, d’où ils viennent, qui les détient et bien sur la règlementation vis-à-vis des telecoms. Les investissements sont lourds et lorsque France Telecom rentre dans un nouveau pays, il devient souvent le premier employeur et le premier contribuable. Une attention particulière est donc mise sur la fiscalité locale, mais aussi sur les pratiques… France Telecom a été déjà été soumis à une taxe exceptionnelle contre la sécheresse !
 
Quel investissement faire ?
Didier Lombard préfère les mises aux enchères de licence, car tout est à construire. On part d’une feuille blanche. Ainsi en Égypte, un nouvel opérateur a été créé. Il faut se méfier des rachats d’acteur mis en place par un pays. Ils sont souvent très chers et il y a une bulle spéculative… Il est difficile de créer de la valeur. Sinon on peut rechercher des actifs, des opérateurs historiques. France Telecom apporte sa valeur aux opérateurs dont la partie fixe ne fonctionne pas.
France Telecom investit beaucoup dans les câbles pour relier l’Afrique et l’Europe, là où sont produits les contenus. Pour l’instant cela n’est pas rentable, mais à terme France Telecom aura le monopole sur les communications Afrique / Europe et là nous pourrons imposer nos tarifs…
 
Ce qu’il faut garder en tête c’est la production de valeur. France Telecom doit trouver des actifs où on peut apporter de la valeur ajoutée. C’est pourquoi on fait des clusters, des plaques pour rationnaliser les investissements. Les investissements sont ainsi mutualisés sur plusieurs pays. Ne pas oublier que les usages ne sont pas les mêmes partout. Au Moyen Orient, les abonnés n’envoient pas de sms et il y a peu de chance que cela se développe à cause de leur alphabet… En revanche, ils sont friands de voice-mail. France Telecom a donc mis un centre de R&D au Caire sur cette technologie.
Lorsque nous investissons, c’est pour du long terme, au moins 30 ans. Il faut donc prévoir le coût initial et à long terme.
 
Dans un pays développés, seuls les premiers opérateurs gagnent leur vie, le troisième survit difficilement et les suivants ne gagnent rien… C’est pourquoi, nous avons fusionné avec les allemands en Angleterre. Le marché était complètement saturé… A terme ce sont les abonnés qui sont gagnants avec une meilleure qualité de réseau. En Suisse, nous avons formé un duopole, ce qui est particulièrement intéressant.
 
Puis, François Heilbronn intervient sur les outils d’analyse pour le développement international d’une entreprise.  Il commence son exposé en indiquant qu’il y a des métiers qui sont par essence à vocation internationale, tel que Boeing, Airbus et d’autres à vocation nationale, tel que les cafés Richard, qui demande une forte logistique locale. Il est donc intéressant de se poser la question : l’aventure internationale est elle stratégique ? Il s’appuie sur la matrice du Boston Consulting Group pour y répondre :





Valeur de la position locale




Forte






Faible

"Collier de perles"
agro-alimentaire
Distribution
Intégration
Produits de grande conso
Ind. Pharmaceutiques
Pneumatiques
électronique
Médical
Délocalisation
Textile


Béton
Exportation
Aéronautique
BTP
Bien d’équipement



                 Faible                                  Forte

                       Valeur de la position mondiale

Ainsi, les café Richard sont une activité dit « Collier de perle ». Une part importante des coûts est locale : logistique, vente, image, … L’important est la part de marché local.
 
Les activités dit d’intégration ont des coûts locaux et mondiaux et ont donc intérêt à amortir leurs coûts sur la taille globale. La compétitivité dans chaque pays dépend à la fois de la position locale et de la position mondiale.
 
C’est au tour de Jean-Louis Terrier, Président de Credit Risk International, d’intervenir sur les risques et leurs évaluations. Il commence par indiquer qu’aujourd’hui 74% des investissements réalisés dans le monde se font entre opérateurs privés. Or les agences de Rating évaluent le risque souverain ! Elles ne sont donc d’aucune utilité. Chaque situation est spécifique et il faudra agir en conséquence. On ne va pas chercher à déterminer la probabilité qu’un risque arrive mais indiquer que c’est un facteur plausible. Soit on assume le risque, soit on assure le risque.
 
C’est maintenant au tour de Christian Rivet de Sabatier, Directeur des financements et risques export à la direction financière de Renault de s’exprimer sur l’expérience de Renault sur l’évaluation des risques.
Il rappelle que l’essentiel est la création de valeur pour l’actionnaire. Les actionnaires vont regarder si c’est l’investissement est utile vis-à-vis de la stratégie et s’il est rentable. D’où la question comment évaluer le risque ?
Premièrement, par la pertinence des données…
Deuxièmement par l’accueil du projet d’investissement localement. Par exemple les aides fiscales pour l’investissement… La législation : l’Inde a modifié sa législation sur la longueur des véhicules.
 Troisièmement par le niveau d’éducation, pour l’assimilation des technologies.
 
Didier Lombard reprend le micro pour conclure sur les risques d’investissements dans les pays émergents. Il indique qu’il est nécessaire de faire des calculs, des tableaux de bord, mais il y a un aspect intuitif ! Il y a une réflexion à mener, puis une décision à prendre.
Dans les pays émergents les risques sont importants et la probabilité que cela n’arrive pas est nulle. Ainsi au Liban, France Telecom a tout simplement été exproprié par le gouvernement. Il a fallu batailler auprès des instances internationales pour obtenir gain de cause. D’ailleurs suite au jugement, France Telecom devait recevoir des indemnités mirifiques… Mais il ne faut pas croire que nous les avons touchées… Cela a servi de base pour des négociations qui ont encore duré  4 ans. Finalement les dédommagements obtenus ont pu combler les investissements réalisés, mais France Telecom s’est fait sortir du Liban. Et aujourd’hui le Liban revient à la porte de France Telecom, car le réseau ne fonctionne pas… Mais je ne suis pas mûr pour y retourner.
 
Autre déconvenue, la Chine. Les Chinois ont privé France Telecom de leur actif, car leur constitution précisait qu’aucun étranger ne pouvait détenir d’entreprise, même une part minoritaire. France Telecom a été indemnisé rubis sur l’ongle. C’était il y a 15 ans, mais aujourd’hui, China Mobile est devenu le premier opérateur avec 400 millions d’abonnés ! Vous imaginez si France Telecom était resté… Ce n’est plus du tout les mêmes perspectives. Pour information, les chinois vont tout écraser, ils ont gagné la bataille de l’intelligence.
Il y a toujours un problème.
Dernièrement le Sénégal avait besoin de liquidités et donc décide de vendre une partie des parts de l’opérateur détenu avec France Telecom, Solatel. L’état sénégalais sollicite France Telecom, qui s’empresse d’accepter. Or une cabale est montée, pour dénoncer les affreux capitalistes étrangers qui s’emparent d’un bijou national. Il a fallu faire machine arrière. Il faut adopter un raisonnement local, il faut penser local avant tout…
 
 
Il ressort de ces interventions qu’il est difficile de définir et d’évaluer les risques encourus lors d’investissements à l’international. Les problèmes rencontrés ne seront jamais les mêmes. Néanmoins, tous les intervenants sont d’accords pour dire que l’aventure ne peut se faire sans l’appui d’un partenaire local. Pour conclure, comme le dit Didier Lombard, ce n’est pas un long fleuve tranquille… 

Stéphane ALFROID
Pedagogic Agency
Directeur Associé



L’INDUSTRIE D’APRES CRISE d’après Louis GALLOIS - Président Exécutif de EADS



Conférence à l’IPAG du 28 janvier 2010


L’IPAG est une école de management où j’ai l’honneur et le plaisir d’intervenir. Guillaume Bigot, son Directeur Général, est un homme épatant qui se démène pour son école et ses étudiants. Il s’est mis en tête d’organiser des conférences animées par des personnalités. Ceux qui travaillent pour des Ecoles de Management savent qu’organiser des conférences est un art délicat. Obtenir la présence de la personnalité et une audience d’étudiants et d’anciens dynamiques et à l’écoute après une dure et dense journée de travail. Guillaume Bigot et son équipe ont réussi. La salle est pleine d’étudiants, de professeurs et d’anciens élèves. Les personnalités viennent. Force est de constater que les occasions de les voir d’aussi près et aussi simplement sont rares. Un contact intéressant se noue. Après Fabrice Lucchini, entre autres, la personnalité de ce soir est Louis Gallois. Guillaume Bigot le présente en utilisant un paradoxe : « Vous êtes le plus énarque de nos patrons et le plus populaires des dirigeants ». En substance, il annonce l’essentiel du message de Louis Gallois. Il s’agit de ne plus céder aux sirènes de la finance et de considérer, à nouveau, que l’industrie reste la puissance et l’avenir.

Louis Gallois se déclare très heureux. Je suis très heureux de rencontrer des étudiants. Il présente son entreprise EADS - European Aerospace and Defence Society comme une entreprise un peu curieuse créée en 2000 par la volonté de deux industriels Jean-Luc LAGARDERE et Jürgen SCRHEMPP, patron de DAIMLER. Les américains s’étaient réorganisés et présentaient quatre grands champions. Cette réorganisation menaçait l’industrie européenne dite de Souveraineté. EADS a été créé en réponse à l’initiative par ces deux industriels et des politiques Allemands, Français, Espagnol et Anglais. Cette conjonction va marquer EADS pendant dix ans, Français et allemands doivent être à égalité. La gouvernance connait donc des débuts difficiles. C’est un bloc de Français contre un bloc d’Allemands. Cela ressemble plus à un joint-venture qu’à une entreprise. L’évolution se produit en juillet 2007 grâce à un « coup de force » de Nicolas Sarkozy. Dorénavant, il n’y aura plus qu’un seul Président et un seul CEO. Le Conseil d’Administration est remodelé. Monsieur Lakshmi MITTAL y entre. On n’est plus dans la joint venture…

En chiffre, EADS réalise aujourd’hui 42 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est la deuxième entreprise du secteur après Boeing à 46 milliards. Les deux autres géants du secteur sont aux alentours des 20 milliards. C’est la seule entreprise en concurrence avec les géants américains. C’est le numéro un mondial des avions commerciaux. Elle a créé 15 000 emplois nets depuis 2000. Elle joue un rôle macro économique dans la balance commerciale des pays où se déroulent ses activités, essentiellement la Communauté Européenne. C’est un vrai succès avec un potentiel économique extraordinaire. Il n’y a pas d’entreprise plus européenne que la nôtre.

Son actionnariat se répartit comme suit : 50 % est détenu par le marché, 22,5 % par l’Allemagne, 22,5 % par la France et 5 % par l’Espagne.


Ma vision de l’industrie.

La crise change la donne. Trois aspects. Le premier est le retour de l’économie réelle. Même s’il y a de nouvelles « bulles », on ne peut pas vivre dans un univers virtuel, où personne ne sait où se crée la richesse et par qui sont pris les risques. Le deuxième est le retour des états. Importuns de la vie économique, autrefois, ils ont aujourd’hui sauvé le système, en particulier, les banques et les compagnies d’assurances. Egalement, ils ont sauvés l’industrie automobile. La légitimité des états a été rétablie dans l’intervention dans la vie économique. La politique industrielle a, à nouveau, droit de cité. Tout le monde en parle. Le troisième élément est que le pouvoir a basculé au profit des pays émergents. La Chine, l’Inde, le Brésil, le Viet Nam, avec ses 85 millions d’habitants, et la Corée prennent le pouvoir. Le « bulldozer chinois » est en route. Il va balayer toutes les technologies. Quel domaine dans la décennie ne serait pas accessible à l’industrie chinoise ? Dans ce contexte, que deviennent l’Europe et la France ? La France donne le sentiment d’être sur le bord de la route… Au sein de l’Europe on assiste à une spécialisation au profit de ceux qui supportent le mieux l’euro fort. Les parités monétaires structurent l’économie. L’euro fort est la variable d’ajustement. Il y a ceux qui résistent, comme l’Allemagne, et ceux qui ne résistent pas, comme l’Italie et l’Espagne. Pour la France, pensons pour nous encourager qu’elle est dans une position intermédiaire… Il y a un accroissement des décalages entre les différentes économies. La France a un appareil industriel très impacté par la crise. Les chiffres massifs nous amènent à constater qu’il se passe quelque chose de complètement déstabilisant comme en 1990- 1993 en Allemagne pendant la réunification. La France avait voulu s’accrocher sur le plan monétaire. Nous avions pris un coup terrible et connut l’apparition du chômage de masse. La crise que nous traversons, je le crains, va avoir un effet assez proche. La surévaluation de l’euro peut couter à une entreprise. Lorsque le dollar baisse de 10 centimes, EADS perds 1 milliards d’euros… Il a baissé de 30 centimes… Pour réaliser la même performance, nous devons compenser et c’est mortifère… Nous sommes particulièrement sensibles à ce phénomène.


Que faut-il faire ?

Je ne crois pas à une Europe qui se replierait sur le tourisme et la bonne volonté des autres. La Grande Bretagne a suivi cette voie en se disant : « Nous avons la place financière de Londres ». La crise est arrivée avec 12 % de déficit budgétaire. Et maintenant, comment faire pour reconstituer un tissu industriel au Royaume Uni ? On ne peut pas vivre sans industrie. On est « soumis comme une feuille morte »… C’est une perte totale d’indépendance. Dans notre domaine, l’Industrie de Défense et de Souveraineté, je ne crois pas à une Europe sans usine. Il faut une politique industrielle. La France a deux avantages. L’idée ne lui fait pas peur et il y a des outils. L’état a des programmes. Nous avons des organismes capables de financer l’industrie, les Pôles de Compétitivité en particulier. Le Crédit d’Impôt Recherche. Sans lui, je ne sais pas ce que serait devenue la recherche. L’Europe ne sait pas faire sur ces sujets. L’Union Européenne est régie par une politique de concurrence qui régit, elle-même, l’ensemble des politiques. Sur le fond, la compétitivité ne sera pas assurée sur les couts. Les chinois seront toujours moins chers. Ce qui va nous distinguer c’est la qualité des produits, des services associés aux produits et l’innovation. Le futur concurrent chinois de l’A320 arrivera en 2014. Il faudra prendre tout de suite l’avantage technologique.

La monnaie est un problème à traiter par le  G20. Un nouveau Bretton Woods est souhaitable. La Chine et les Etats-Unis, et à certains moments le Japon, pratiquent le dumping. La fiscalité ne doit pas empêcher d’investir. La réforme de la taxe professionnelle est nécessaire. Les réglementations sur l’environnement ne doivent pas pénaliser l’industrie. Un domaine où l’état doit intervenir c’est la recherche et développement. C’est là l’angle de soutien le plus efficace. L’éducation et la formation. Nous manquons dramatiquement d’ingénieurs. Les ingénieurs partent dans la banque. L’option la plus à la mode à SUP AERO est l’Option Finance. A la sortie de Polytechnique, un quart des étudiants partent dans la banque. Les meilleurs étudiants se détournent des carrières scientifiques. Il faut rendre l’industrie attractive. Le progrès technique ne doit plus être un épouvantail à moineau. Le gout de la technique commence dans le secondaire. Le problème est que l’enseignement technique et professionnel est considéré comme une sorte de « parking ». En Allemagne, l’apprentissage technique est une formation à part entière. Les étudiants doivent s’intéresser à l’industrie plus qu’aux « métiers trapézistes ». L’industrie offre tous les métiers. C’est une de ses forces ! Le pays doit en avoir envie. Il faut créer une dynamique sociale autour de l’industrie. Les Etats Généraux de l’industrie vont-ils le faire ? Je ne suis pas sûr, mais cela a le mérite d’exister. Il faut créer cette dynamique. Elaborer un contrat social. Repartir avec les forces vives de notre pays pour faire un pays industriel maintenant.


L’avenir pour nous c’est la haute technologie.

Les français sont numéro 1 mondial pour le luxe. Encore faut il que les fabrications soient faites en Europe ?


Les questions…

Le partenariat chinois d’AIRBUS
Nous avons une chaine d’assemblage en Chine. L’accord avec les chinois se traduit par des commandes d’avions. Pour un avion assemblé en Chine, nous avons 1 avion fabriqué en Europe commandé. Bien sûr en travaillant avec les chinois, on fait du transfert de technologie. Nous servons même d’école de formation. Avons-nous le choix ? La Chine représente 20 % de notre marché mondial.


L’Engagement Survey
Nous avons mené une enquête sur le moral des troupes et ce qu’ils pensaient de leurs managers. C’est un exercice roboratif. Il s’avère que les personnels d’EADS aiment leur entreprise et veulent être là dans trois ans. Ils sont fiers de leurs produits et fiers d’appartenir à EADS. Toutefois, ils éprouvent une frustration assez totale vis-à-vis de la  reconnaissance. On ne tient pas compte de leurs idées de développement de carrière. Ils ne savent pas où on va. Ils expriment une certaine perte de repère dans le nouveau contexte que nous connaissons. Une société cotée qui doit sortir du résultat. L’intégration européenne… Les difficultés de l’A380… Le mélange de chaines de reporting : travailler à Madrid avec un chef à Hambourg… Cet ensemble amène les européens à exprimer des frustrations. 4000 dirigeants ont reçus leurs propres résultats. Ils ont désormais la responsabilité de discuter et d’établir un plan d’action. Au niveau des divisions, il s’agira de « coaguler » ces 4000 plans. Au niveau du groupe, seront organisés trois grands séminaires de cadres intermédiaires qui pourront ainsi échanger entre eux les meilleures pratiques sur les processus de ressources humaines et le marché du travail. L’entretien annuel est trop souvent bâclé alors qu’il s’agit d’un élément essentiel… Il faut redonner des repères au personnel et obtenir leur adhésion à des évolutions rapides qu’ils ne comprennent pas aujourd’hui. La communication doit être interactive.


L’A400M
L’avion A400M est destiné à succéder au Transall et au C130. Le contrat a été passé en 2003 à un prix 25 % en dessous du C130J ou du C17. Nous avons vendu cet avion au rabais et, de plus, accepté un délai irréaliste. 6,5 ans alors qu’on n’a jamais fait moins de 12 ans. Enfin, nous avons cédé à des pressions dans le devis pour une organisation industrielle très étatique avec des petits bouts partout. Chacun souhaitant obtenir la partie qu’il ne sait pas faire pour pouvoir apprendre. Par exemple, l’entité chargée des turbopropulseurs n’en a pas fabriqué depuis la fin des années 50. Tout est à réinventer ! Les conséquences sont 3 ans de retard dont 2 dus au moteur et des surcouts astronomiques qui peuvent déstabiliser l’entreprise. Cette situation implique que des négociations sont en cours…


Le pourquoi des activités de Défense ?
65 % de l’activité d’AIRBUS concerne les avions commerciaux. C’est risqué. Il s’agit de l’activité la plus exposée aux fluctuations du dollar. Les cycles sont d’une très grande brutalité. Le cout unitaire est énorme. Le risque est énorme sur un avion. L’activité de BOEING porte à 45 % sur les avions commerciaux. J’ai dit qu’en 2020 nous devions être à 50 % sur les avions commerciaux. Un des axes de diversification c’est la défense ou la sécurité, comme la surveillance globale des frontières. Nous développons également des activités de services. Nous souhaitons accompagner les équipements tout au long de leurs vies, comme les satellites de télécommunications. Nous vendons un service de télécommunications, une capacité de télécommunications. Aux Forces Britanniques, plutôt que de vendre des ravitailleurs en vol, nous leur vendons un service de ravitaillement en vol. Les pilotes sont de la RAF. Nous assurons la maintenance des avions et nous pouvons les utiliser pour d’autres usages. Nous assurons également la totalité de la maintenance de la flotte aérienne militaire allemande. Ce faisant nous bénéficions d’un remarquable retour d’expérience sur nos produits.


Boeing 787 versus A350
L’avion tout composite est une technologie très exigeante. Nous avons pris des risques. On avait 6 ans de retard. On en a plus que 3 !


Mes attentes pour l’avenir
La BCE doit lutter contre l’inflation. Monsieur Trichet ne s’occupe pas des changes. L’Euro group est responsable de la politique de change. J’attends une expression politique. Les états doivent prendre leurs responsabilités. Refonder le système monétaire international pour éviter que des états n’utilisent le dumping.
En matière de développement durable, nous travaillons sur l’utilisation des biocarburants de deuxième  génération comme ceux produits à base de salicorne, qui supporte l’arrosage par eau de mer, ou d’algues pouvant être nourris par des eaux usés dans des espaces réduits. Je citerai également la pile à combustible qui pourrait produire à partir d’hydrogène de l’énergie pour le moteur auxiliaire des avions.

François GALINOU

Intervenant à l’IPAG et Directeur Associé de Pedagogic Agency, l’auteur de cet article précise qu’il n’est pas un expert d’EADS et de son secteur et que son seul objectif est de restituer le plus fidèlement possible les propos tenus.




Accueil - L'Agence - Domaines de compétences - Pourquoi Pedagogic Agency ? - Concrètement... - Partenaires - Votre cahier des charges - Blog - Contactez-nous
© Pedagogic Agency
Mentions légales